Outils

 Haut
 
Richard Stallman et la révolution du logiciel libre - Une biographie autorisée
Épilogue de Sam Williams : une écrasante solitude
2009-11-25 / 2010-01-18


Ce chapitre est très personnel de la part de Sam Williams. Je n’ai fait qu’y clarifier certains points techniques ou juridiques, et supprimer des passages hostiles n’apportant pas d’information. J’ai également inséré quelques réponses, présentées ainsi. Sam Williams a aussi apporté quelques modifications à ce chapitre ; elles ne sont pas indiquées explicitement.
Écrire la biographie d’une personne vivante, c’est un peu comme réaliser une pièce de théâtre. Le drame qui se déroule sur scène est souvent bien pâle en comparaison de celui qui a lieu dans les coulisses.
Dans L’Autobiographie de Malcom X, Alex Haley propose lui-même au lecteur un épilogue de quelques pages où, se débarrassant un instant du rôle de narrateur objectif, il écrit à la première personne. On y comprend comment un journaliste indépendant, initialement considéré comme un « outil » et un « espion » par le porte-parole de la Nation de l’Islam, a réussi à composer avec ses barrières personnelles et politiques afin de coucher la vie de Malcom X sur le papier.
J’hésite à comparer ce livre avec L’Autobiographie de Malcom X, bien sûr, mais je dois faire part de ma gratitude à Haley pour cet épilogue d’une grande sincérité. Durant ces douze derniers mois, il m’a servi de manuel d’instructions pour gérer un sujet biographique qui a bâti toute sa carrière sur son caractère désagréable.
J’ai bâti ma carrière en disant non à des choses que les autres acceptent sans trop se poser de questions, et si je peux paraître ou être désagréable à l’occasion, c’est sans en avoir l’intention.
Depuis le début, j’avais imaginé conclure cette biographie par un épilogue similaire, autant en guise d’hommage à Haley que pour permettre aux lecteurs de comprendre comment ce livre a pu voir le jour.
La petite histoire a commencé dans un appartement d’Oakland, puis elle s’est poursuivie à travers les diverses localités mentionnées dans ce livre : Silicon Valley, Maui, Boston et Cambridge. Au final toutefois, c’est l’histoire de deux villes : New York, la capitale mondiale de l’édition littéraire, et Sebastopol en Californie, la capitale de l’édition littéraire du Comté de Sonoma.
Tout débute en avril 2000. À cette époque, j’écrivais des récits pour le malchanceux site Internet BeOpen.com. Une de mes premières missions fut un entretien téléphonique avec Richard M. Stallman. Ce fut un tel succès que Slashdot1, quotidien de référence des nerds appartenant à VA Software, Inc. (anciennement VA Linux Systems et encore avant, VA Research) le référença en première page de sa liste quotidienne d’articles. Quelques heures après, les serveurs de BeOpen.com surchauffaient de l’afflux massif de lecteurs.
L’histoire aurait dû se terminer là. Trois mois après ce premier entretien, alors que j’assistais à la conférence O’Reilly sur l’open source à Monterey en Californie, je reçus le courrier électronique suivant de la part de Tracy Pattison, manager des droits étrangers pour une grande maison d’édition new-yorkaise :
Pour : sam@BeOpen.com
Sujet : Entretien RMS
Date : Lundi 10 juillet 2000 15:56:37 -0400

Cher M. Williams,
J'ai lu avec grand intérêt votre entretien avec Richard Stallman sur BeOpen. Je m'intéresse à RMS et à son travail depuis pas mal de temps maintenant, et j'ai été ravie de lire votre contribution. Je pense vraiment que vous avez fait du bon travail en capturant un peu l'esprit de ce que Stallman essaye de faire avec GNU-Linux et la Fondation pour le logiciel libre. Toutefois, j'apprécierais énormément d'en lire davantage, et je ne pense pas être la seule. Croyez-vous qu'il y a des informations et/ou des sources supplémentaires pour compléter votre entretien et l'adapter comme une biographie ? Peut-être inclure des éléments plus anecdotiques sur sa personnalité et son histoire qui pourraient vraiment intéresser et éclairer les lecteurs hors du milieu des programmeurs hardcore?
Tracy terminait le message en me demandant de lui téléphoner pour parler plus longuement de cette idée. Quand je l’appelai, elle me dit que son entreprise lançait une nouvelle série de livres électroniques, et qu’elle cherchait des récits qui puissent attirer des lecteurs adeptes de nouveauté. Le format du livre électronique était de trente mille mots, soit environ cent pages, et Tracy avait vendu l’idée auprès de ses supérieurs de dresser le portrait d’un acteur majeur de la communauté hacker. Ses chefs apprécièrent la proposition, et dans ses recherches de personnes intéressantes, elle avait trouvé l’entretien de Stallman sur BeOpen. D’où son courrier électronique.
C’est ainsi qu’elle me demanda si je pourrais transformer l’entretien en un portrait complet. J’acceptai immédiatement.
Avant d’aller plus loin, ma correspondante me suggéra de mettre au point une proposition de récit qu’elle pourrait présenter à sa hiérarchie. Deux jours plus tard, je lui envoyai une proposition soignée, à laquelle elle répondait une semaine plus tard pour m’annoncer que ses chefs lui avaient donné le feu vert.
Je dois admettre que penser obtenir de Stallman sa participation à un projet de livre électronique était un peu prématuré de ma part. En tant que journaliste couvrant le mouvement open source, je savais que l’homme n’était pas commode. J’avais déjà reçu à ce moment-là une demi-douzaine de courriers électroniques dénonçant mon emploi du terme « Linux » au lieu de « GNU/Linux ».
Cela dit, je savais que Stallman était à la recherche d’un moyen de diffuser son message auprès d’un public plus large. Peut-être serait-il plus réceptif au projet ainsi présenté ? Sinon, je pouvais toujours m’en remettre à la grande quantité de documents, d’entretiens et de conversations enregistrées qu’il avait laissé traîner sur l’Internet, et en faire une biographie non autorisée.
Durant mes recherches, je trouvai un essai intitulé Liberté ou copyright ? écrit par Stallman et publié en juin 2000, dans la MIT Technology Review. L’essai fustigeait les livres électroniques pour l’assortiment de péchés qu’ils impliquaient en matière de logiciels. Non seulement les lecteurs devaient utiliser des logiciels privateurs pour pouvoir les lire, se lamentait Stallman, mais les méthodes employées pour empêcher les copies non autorisées étaient exagérément brutales. Au lieu de télécharger un fichier transférable au format HTML ou PDF, les lecteurs téléchargaient un fichier chiffré.
Ainsi, acheter un livre électronique revenait à acheter une clef non transférable permettant de traduire le contenu chiffré. Et toute tentative d’ouvrir un livre électronique sans la clef autorisée constituait une violation criminelle du Digital Millennium Copyright Act, la loi de 1998 censée étayer le respect du copyright sur l’Internet. Des pénalités étaient prévues, même dans le cas de personnes convertissant le contenu d’un livre dans un format de fichiers ouvert pour le lire sur un autre ordinateur, chez eux. Contrairement à ce qu’ils pouvaient faire avec un livre classique, les lecteurs d’un livre électronique n’avaient plus le droit de le prêter, de le copier ou de le revendre. Ils n’avaient la permission de le lire que sur une machine autorisée, nous avertissait Stallman.
« Nous avons toujours les mêmes libertés lorsque nous utilisons des livres papier. Mais si les livres électroniques venaient à les remplacer, cette exception serait caduque. Avec ‘l’encre électronique’, qui rend possible le téléchargement d’un nouveau texte sur une feuille de papier apparemment imprimée, même les journaux pourraient devenir éphémères. Imaginez : plus de marchands de livres anciens, plus de prêt de livres à des amis, plus d’emprunt à la bibliothèque locale, plus de ‘fuites’ qui pourraient donner à quelqu’un la possibilité de lire sans payer (et, si l’on en croit les publicités pour le Reader de Microsoft, plus d’anonymat possible lors de l’achat d’un livre). Voilà le monde que les éditeurs envisagent pour nous. »2
Il va sans dire que cet essai souleva certaines interrogations. Ni Tracy ni moi n’avions parlé du logiciel que son entreprise allait utiliser, ni même du type de licence qui encadrerait l’usage du livre électronique. J’évoquai l’article de la MIT Technology Review, et demandai à Tracy si elle pouvait me fournir des informations sur la politique de son entreprise concernant les livres électroniques. Elle me promit de me contacter à nouveau.
Impatient de commencer, je décidai d’appeler Stallman malgré tout et de lui présenter l’idée du livre. Quand je le fis, il exprima tant un intérêt qu’une inquiétude immédiats. « Est-ce que tu as lu mon article sur les livres électroniques ? », me demanda-t-il.
Quand je lui dis : « oui, j’ai lu l’article et j’attends des nouvelles de l’éditeur », il énonça deux conditions : d’une part, il ne voulait pas apporter son soutien à un mécanisme de licence e-book auquel il s’opposait fondamentalement, et d’autre part, il ne voulait pas paraître le cautionner non plus. « Je ne veux pas participer à quoi que ce soit qui me ferait apparaître comme un hypocrite », dit-il.
Pour Stallman, le problème du logiciel passait après celui du copyright. Il affirma qu’il était prêt à passer outre le logiciel que l’éditeur ou ses distributeurs utilisaient, tant que l’entreprise précisait dans la notice légale que les lecteurs étaient autorisés à faire et distribuer des copies mot pour mot du contenu du livre électronique. Il désigna The Plant de Stephen King comme modèle possible. En effet, en juin 2000, l’écrivain avait annoncé sur son site Internet officiel qu’il allait auto-éditer The Plant sous forme d’épisodes. Selon l’annonce, le coût total du livre serait de 13 dollars, étalés sur une série de chapitres à 1 dollar. Tant qu’au moins 75 % des lecteurs payaient pour chaque chapitre, King promit de continuer à publier les nouveaux épisodes. En août, le plan semblait fonctionner, car il avait publié les deux premiers chapitres et que le troisième était en cours.
« Je serais prêt à accepter quelque chose comme ça, dit Stallman. Tant qu’il est aussi permis d’en faire des copies exactes. »
Je me souviens d’avoir également soulevé la question du chiffrement, comme le confirment les deux paragraphes suivants. Je n’aurais pas accepté de publier le livre si sa lecture avait « nécessité » l’usage d’un programme non libre.
Je fis suivre cette information à Tracy. J’étais convaincu qu’elle et moi pourrions trouver un arrangement équitable. J’appelai ensuite Stallman et nous convînmes d’un premier entretien pour le livre. Il accepta de me rencontrer sans redemander où en étaient les questions de licence. Peu après cette première entrevue, je me hâtai de prévoir une deuxième interview (à Kihei cette fois), m’arrangeant pour rencontrer mon interlocuteur avant son départ pour quatorze jours de congés à Tahiti.
Il ne s’agissait pas que de vacances puisque j’y ai aussi donné une conférence.
C’est au cours des vacances de Stallman que Tracy m’annonça la mauvaise nouvelle : le département des affaires juridiques de son entreprise ne voulait pas adapter sa notice légale sur les livres électroniques. Les lecteurs qui voulaient rendre leur livre transférable devraient d’abord casser le verrou de chiffrement pour pouvoir convertir le livre dans un format libre et public comme le HTML. Un acte illégal qui les exposait à des sanctions juridiques.
Avec deux entretiens frais dans ma besace, je ne voyais pas comment écrire mon livre sans les y inclure. J’arrangeai rapidement un voyage à New York pour rencontrer mon agent et Tracy afin de voir si un compromis était possible.
À mon arrivée à New York, je rencontrai mon agent, Henning Guttman. C’était notre premier entretien face à face, et Henning semblait pessimiste concernant nos chances de forcer un compromis du côté de l’éditeur. Les grandes maisons d’édition bien établies considéraient le format du livre électronique avec déjà suffisamment de suspicion, et n’étaient pas dans un état d’esprit idéal pour expérimenter des innovations de copyright qui permettaient plus facilement au lecteur de ne pas payer.
Cependant, en tant qu’agent spécialisé dans les ouvrages techniques, Henning était intrigué par la nature inédite de mon problème. Je lui parlai des deux entretiens que j’avais déjà collectés et de la promesse faite à Stallman de ne pas publier le livre d’une manière qui le « ferait apparaître comme un hypocrite ». Convenant que j’étais lié du point de vue éthique, Henning suggéra d’en faire notre argument de négociation.
En opposant ce fait, disait-il, nous pourrions toujours adopter la stratégie du bâton et de la carotte. La carotte serait la publicité qui viendrait avec la publication d’un livre électronique respectant l’éthique de la communauté des hackers. Le bâton serait l’ensemble des risques encourus s’il ne la respectait pas.
Neuf mois avant que l’affaire Dmitri Sklyarov ne devienne célèbre sur l’Internet, nous savions que viendrait tôt ou tard le moment où un programmeur entreprenant révèlerait comment craquer les livres électroniques. Nous savions aussi que voir une grande maison d’édition publier un livre électronique verrouillé par chiffrement et dont le sujet était Richard M. Stallman équivalait à lui apposer une couverture proclamant « Volez ce livre électronique ».
Après ma rencontre avec Henning, j’appelai Stallman. Espérant rendre la carotte encore plus appétissante, je discutai avec lui de certains compromis potentiels. Et si l’éditeur publiait le livre sous une (double) licence, un peu comme Sun Microsystems l’avait fait avec OpenOffice.org, la suite bureautique libre ? L’éditeur aurait pu ensuite publier des versions du livre électronique restreintes par DRM au format maison, tirant avantage des revenus qui venaient avec le logiciel dédié, tout en publiant une version copiable dans un format HTML moins esthétique.
Williams avait ici écrit à tort « commerciales », mais c’était inexact, puisque commercial signifie « à but de commerce ». Toutes ces versions seraient commerciales dès lors qu’elles seraient publiées par un éditeur.
Stallman dit qu’il ne s’opposait pas à l’idée d’une double licence, mais qu’il n’aimait pas l’idée de diffuser la version librement copiable dans une qualité inférieure. Par ailleurs, dit-il, à la réflexion, ce cas était différent car il avait un moyen de contrôler le résultat : il pouvait refuser de coopérer.
La question était de savoir si je serais en tort d’accepter une version restreinte. Je peux cautionner la version libre OpenOffice de Sun, car c’est du logiciel libre et beaucoup mieux que rien, tout en rejetant la version non libre. Il n’y a de ma part aucune contradiction, car Sun n’avait pas besoin de mon accord pour cette version non libre – et ne me l’a pas demandé ; je n’étais pas responsable de l’existence de cette version. Dans le cas présent, si je donnais mon accord pour la version non librement copiable, c’était de ma responsabilité.
Je fis quelques autres suggestions sans grand effet. La seule chose que je pus à peu près obtenir de lui fut une concession sur le fait que la licence du livre électronique restreigne à une redistribution non commerciale toute forme d’échange du fichier.
Il parle de concession, mais c’était, plus exactement, un compromis de plus
Avant de raccrocher, Stallman suggéra que je dise à l’éditeur que je lui avais promis que le résultat serait librement partageable. Je lui répondis que je ne pouvais m’engager à faire une telle déclaration, mais que je pouvais toujours leur dire que je considérais le livre comme non achevable sans sa coopération. Apparemment satisfait, Stallman raccrocha avec sa phrase traditionnelle : « Hacke bien. »
Williams dit qu’il ne pouvait s’engager à une telle déclaration, mais cela n’aurait pourtant pas été mentir, puisque Williams avait accepté mes conditions au départ.
Henning et moi rencontrâmes Tracy le lendemain. Elle annonça que son entreprise était prête à publier des extraits copiables mais qu’elle les limiterait à cinq cents mots. Henning lui signifia que cela ne serait pas suffisant pour m’affranchir de mon obligation éthique envers Stallman. Tracy évoqua les obligations contractuelles de son entreprise envers divers distributeurs en ligne tels qu’Amazon.com. Même si la maison d’édition décidait de n’ouvrir le contenu du livre électronique qu’à titre exceptionnel, il y avait un risque que les partenaires dénoncent une rupture de contrat.
Sachant que ni la direction de l’éditeur, ni Stallman ne céderaient sur rien, la décision me revenait. Je pouvais soit trahir mon premier engagement envers Stallman et utiliser quand même mes entretiens, soit plaider l’éthique journalistique et m’affranchir de l’engagement oral d’écrire le livre.
À la suite de cette réunion, mon agent et moi nous installâmes dans un pub de la troisième avenue. J’utilisai son téléphone cellulaire pour appeler Stallman, laissant un message comme personne ne décrochait. Henning s’en alla un instant, me laissant le temps de mettre mes idées au clair. Quand il revint, il tenait son téléphone à la main. « C’est Stallman », dit-il.
La conversation prit mauvaise tournure dès le début. Je relayai à Stallman le commentaire de Tracy concernant les obligations contractuelles de l’éditeur.
« Et alors ? dit Stallman abruptement. En quoi est-ce que leurs obligations contractuelles devraient m’intéresser ? »
« Parce que demander à une grosse maison d’édition de prendre le risque d’une bataille juridique avec ses distributeurs, juste pour un livre électronique de 30 000 mots, semble exagéré », suggérai-je.
Williams partait alors du principe implicite que je ne pourrais refuser par principe.
« Tu ne comprends donc pas ? dit Stallman. C’est exactement la raison pour laquelle je fais ça. Je veux une victoire qui soit un message. Je veux qu’ils aient à faire un choix entre les libertés et leurs pratiques commerciales habituelles. »
Alors que les mots « une victoire qui soit un message » faisaient écho dans ma tête, je sentis mon attention s’envoler momentanément vers le trafic piétonnier sur le trottoir. En rentrant dans le bar, j’avais constaté avec joie que le lieu était à moins d’un bloc du carrefour immortalisé par la chanson des Ramones en 1976, « 53rd and 3rd », une chanson que j’avais toujours aimé jouer lorsque j’étais musicien. Tel le gigolo éternellement frustré que décrit la chanson, je pouvais sentir les choses s’écrouler aussi vite qu’elles s’étaient construites. L’ironie était palpable. Après des semaines passées à écouter attentivement les lamentations des autres, je me retrouvais dans une position où je devais obtenir le plus rare des mets : un compromis de Richard Stallman.
Alors que je continuais à parler, plaidant la position de l’éditeur et révélant ma sympathie grandissante pour lui, Stallman, tel un animal, sentit le sang et attaqua. « Alors c’est tout ? Tu vas simplement m’arnaquer ? Tu vas simplement te soumettre à leur volonté ? »
Voilà qui montre combien Williams interprétait mes propos. Il me compare à un prédateur, mais je ne faisais qu’opposer un « non » au marché qu’il tentait de me faire accepter. J’avais déjà fait plusieurs concessions, décrites plus haut. Je refusais juste de compromettre complètement mes principes. Ce genre de choses m’arrive souvent : ceux qui ne sont pas satisfaits disent que je « refuse tout compromis » mais c’est une exagération (voir http://www.gnu.org/philosophy/compromise.html). En réalité, je craignais à ce moment-là qu’il ne revienne sur les conditions qu’il avait d’abord acceptées et qu’il publie le livre avec des DRM, malgré mon refus. Je ne sentais pas le « sang » mais une possible trahison.
Je soulevai à nouveau la question du double copyright. « Tu veux dire licence », rétorqua sèchement Stallman.
« Oui, licence. Copyright. Peu importe », dis-je, me sentant subitement dans la peau d’un thon blessé répandant une large traînée de plasma dans l’eau.
« Ah, mais putain pourquoi n’as-tu pas fait ce que je t’avais dit ! », cria-t-il.
Je crois que cette citation a été brouillée, non seulement parce que l’utilisation de « putain » (fucking) comme adverbe n’a jamais été dans mes habitudes linguistiques, mais aussi parce que ces mots ne correspondent pas aux circonstances. On dirait une remontrance à un subordonné. Pour moi, il avait une obligation éthique envers moi, mais n’était pas mon subordonné et je ne me serais pas adressé à lui en tant que tel. Comme Williams prenait des notes sans enregistrer, on ne peut lui tenir rigueur de sa retranscription approximative.
J’avais dû soutenir la position de l’éditeur jusqu’à l’extrême, car dans mes notes, j’ai réussi à consigner la châtaigne finale de Stallman : « Ça m’est égal. Ce qu’ils font est mal. Je ne peux cautionner le mal. Au revoir. »
Il semble que j’étais arrivé à la conclusion qu’il ne pourrait entendre un « non » et que la seule façon de terminer la conversation sans accepter sa proposition était de raccrocher.
Dès que je reposai le téléphone, mon agent fit glisser une Guiness fraîchement servie vers moi. « Je me suis dit que tu en aurais sans doute besoin, ajouta-t-il en riant. Je t’ai vu trembler sur la fin. »
Je tremblais effectivement. Ce tremblement ne cesserait qu’après une bonne moitié de Guiness. Ça faisait bizarre de m’entendre qualifié d’émissaire du « mal ».
Mes mots visaient l’éditeur, pas Williams en tant que personne. S’il l’a pris pour lui, peut-être est-ce le signe qu’il commençait à se sentir responsable, moralement, du contrat qu’il m’avait pressé d’accepter.
D’autant plus bizarre que trois mois auparavant, j’étais dans un appartement d’Oakland, cherchant l’idée de mon prochain récit. À présent, j’étais assis à un endroit du monde que je ne connaissais qu’au travers de chansons rock, rencontrant des directeurs d’édition et buvant une bière avec un agent que je ne connaissais que depuis la veille. Tout cela était trop surréaliste, comme si je voyais ma vie mise sous la forme d’un montage de cinéma.
À ce moment, mon compteur d’absurdité interne pris le relais. Le tremblement initial laissa la place à des rires convulsifs. Pour mon agent, je devais ressembler à l’un de ces auteurs fragiles subissant une rupture émotionnelle inopportune. Quant à moi, j’avais juste l’impression de commencer à peine à apprécier la beauté cynique de ma situation. Contrat ou pas contrat, j’avais déjà le commencement d’un sujet plutôt bon. Il ne s’agissait plus que de trouver un endroit où le raconter. Quand mes rires convulsifs se calmèrent enfin, je levai mon verre pour porter un toast.
« Bienvenue sur le front, mon ami, dis-je en trinquant avec mon agent. Autant en tirer notre parti. »
Si cette histoire avait été une pièce de théâtre, c’est à ce moment-là que j’aurais placé un intermède romantique. Découragée par la tension de notre rendez-vous, Tracy nous invita avec Henning à aller boire quelques verres avec elle et certains de ses collègues de bureau. Nous quittâmes alors le bar sur la troisième avenue, pour nous diriger vers East Village, où nous les rattrapâmes.
Une fois sur place, je parlai avec Tracy, évitant soigneusement d’évoquer le travail. Notre discussion fut plaisante et relaxée. Avant de nous quitter, nous décidâmes de nous revoir le soir suivant. À nouveau, la conversation fut agréable, au point que le livre électronique sur Stallman était devenu un lointain souvenir.
Quand je rentrai à Oakland, j’appelai divers journalistes, amis ou fréquentations. Je leur racontai mes misères. La plupart me tancèrent pour en avoir trop cédé à Stallman dans la négociation préliminaire.
Ceux qui ont lu le livre savent à présent que jamais je n’aurais cédé sur ces conditions.
Un ancien professeur en école de journalisme me suggéra d’ignorer le commentaire de Stallman sur l’hypocrisie et d’écrire mon histoire malgré tout. Ceux connaissant Stallman et son sens des médias m’exprimèrent leur sympathie, mais tous offraient la même réponse : à toi de voir.
Je décidai de mettre le livre en attente. Malgré les entretiens, je n’avançais pas. Par ailleurs, cela me donna l’opportunité de parler à Tracy sans avoir d’abord à passer par Henning. Aux alentours de Noël, nous nous partagions les visites : tantôt elle venait sur la côte Ouest, tantôt j’allais à New York. Le jour précédant la nouvelle année, je lui fis ma demande. Décidant où nous installer, je choisis de venir à New York. En février, j’emballai mon ordinateur portable et toutes mes notes préliminaires liées à la biographie de Stallman, et nous nous envolâmes pour l’aéroport JFK. Nous nous mariâmes le 11 mai. Merci aux contrats d’édition ratés.
Durant l’été, je commençai à arranger les notes de mes entretiens sous la forme d’un article pour un magazine. D’un point de vue éthique, je me sentais en droit de le faire, puisque les termes originaux encadrant ces documents ne stipulaient rien pour la presse papier traditionnelle. Pour être tout à fait honnête, j’étais aussi plus à l’aise pour écrire sur Stallman après huit mois de silence radio. Depuis notre conversation téléphonique en septembre, je n’avais reçu que deux courriers électroniques de sa part. Les deux me blâmaient pour avoir utilisé « Linux » au lieu de « GNU/Linux » dans deux articles pour le magazine en ligne Upside Today. En dehors de ça, ce fut le silence. En juin, une semaine environ après son discours à l’université de New York, je pris l’initiative d’écrire un article de magazine de cinq mille mots à son propos. Cette fois, les mots affluèrent. La distance avait aidé à restaurer mon sens perdu de la perspective émotionnelle, je suppose.
En juillet, une année complète après le courrier originel de Tracy, je reçus un appel de Henning. Il me dit que O’Reilly & Associates, une maison d’édition basée à Sebastopol, Californie, souhaitait publier l’histoire de Stallman sous la forme d’une biographie.
J’ai le vague souvenir d’avoir suggéré de contacter O’Reilly, mais je ne peux en être sûr après tant d’années.
La nouvelle me ravit. De toutes les maisons d’édition de par le monde, O’Reilly, qui avait publié La cathédrale et le bazar d’Eric Raymond, semblait la plus attentive aux problèmes qui avaient tué le livre électronique et dont je parlais précédemment. En tant que journaliste, je m’étais beaucoup servi du livre Open Sources de chez O’Reilly comme référence historique. Je savais aussi que divers chapitres du livre, dont celui écrit par Stallman, avaient été publiés avec des notices (de licences) autorisant la redistribution. De telles informations seraient utiles si le problème de la publication électronique faisait à nouveau surface.
Bien entendu, ce fut le cas. J’appris par Henning que O’Reilly voulait publier la biographie à la fois sous une forme papier traditionnelle, mais aussi dans sa nouvelle offre de service payante Safari Tech Books Online. La licence utilisateur de Safari impliquait des restrictions spécifiques3, m’avertit Henning, mais O’Reilly souhaitait permettre un copyright qui donnait aux utilisateurs le droit de copier et partager le texte, quel que soit son support. En tant qu’auteur, j’avais en gros le choix entre deux licences : la licence OPL (Open Publication Licence) ou la GNU FDL (GNU Free Documentation Licence).
Je consultai alors le contenu et l’histoire de chacune. La licence OPL donne aux lecteurs le droit de reproduire et de distribuer une réalisation, en partie ou entièrement, de manière « physique ou électronique », tant que la copie reste sous cette même licence4. Elle permet aussi les modifications de la réalisation, sous certaines conditions. Enfin, elle contient plusieurs options qui, si elles sont choisies par l’auteur, peuvent limiter la création de versions « significativement modifiées » ou de dérivés sous la forme de livres sans accord préalable de l’auteur.
Quant à la GNU FDL, elle permet la reproduction et la distribution d’un document sous n’importe quelle forme, tant que les versions résultantes portent la même licence5. Elle permet aussi la modification du document sous certaines conditions. Contrairement à l’OPL, cependant, elle ne donne pas aux auteurs la possibilité de restreindre certaines modifications. Elle ne leur donne pas non plus le droit de rejeter les modifications qui pourraient aboutir à un livre concurrençant la première version. Elle oblige cependant tout tiers (non détenteur du copyright) souhaitant publier plus de cent copies d’un travail protégé, à inscrire en première et quatrième de couverture certaines informations.
Durant mon processus de recherche sur les licences, je m’assurai aussi de lire la page du site Internet du projet GNU consacrée à cette question : « Diverses licences et commentaires à leur propos »6. Sur cette page, je trouvai une critique de Stallman concernant la licence Open Publication. Elle était relative à la création de versions modifiées et à la capacité conférée à l’auteur de choisir l’une des options de l’OPL pour restreindre la possibilité de modifier le travail. Si un auteur ne souhaitait aucune de ces options, il avait intérêt à utiliser plutôt la GFDL, remarquait Stallman, puisque cela minimisait le risque de voir activées ces options non souhaitées dans des versions ultérieures du document.
L’importance accordée aux modifications dans ces deux licences reflétait leur but originel : donner aux propriétaires de manuels de logiciels une chance de les améliorer et de publier les améliorations au bénéfice du reste de la communauté. Puisque mon livre n’était pas un manuel, j’accordai peu d’intérêt aux clauses de modifications dans les deux licences. Ma seule préoccupation était d’offrir aux lecteurs le droit de copier ou d’échanger le contenu – la même liberté dont ils auraient joui en achetant une version imprimée du livre. Considérant ces deux licences pertinentes par rapport à mon objectif, je signai le contrat avec O’Reilly dès qu’il me fut envoyé.
La notion de modifications non restreintes continuait malgré tout de m’intriguer. Dans les premières négociations avec Tracy, j’avais mis en avant les mérites d’une licence de type GPL dans le cadre du contenu d’un livre électronique. Au pire, avais-je dit, la licence garantirait beaucoup de publicité favorable pour le livre électronique. Au mieux, elle inciterait les lecteurs à participer au processus d’écriture. En tant qu’auteur, j’étais prêt à laisser les autres amender mon travail tant que mon nom restait en position principale. Par ailleurs, il pouvait même être intéressant d’observer l’évolution du livre. J’imaginais les versions futures comme des versions en ligne du Talmud, avec mon texte originel comme pilier central, entouré d’enluminures et de commentaires de contributeurs dans les marges.
Mon idée tirait son inspiration du projet Xanadu7, le légendaire concept logiciel originellement conçu par Ted Nelson en 1960. Au cours de la conférence O’Reilly sur l’open source en 1999, j’avais vu la première démonstration de Udanax, le dérivé (libre) du projet, et j’avais été impressionné. Au cours de la démonstration, Udanax affichait côte à côte le document parent et la version modifiée, dans une mise en forme similaire sur deux colonnes en format texte. D’un simple clic on pouvait introduire des lignes reliant chaque phrase du document de départ à celle correspondante dans le second. Une version électronique de la biographie de Richard M. Stallman ne devait pas nécessairement être compatible avec Udanax, mais au vu d’un tel potentiel, pourquoi ne pas donner aux utilisateurs la possibilité de s’amuser ? (J’aurais d’ailleurs soutenu avec enthousiasme quiconque aurait porté ce livre vers Udanax, la version libre de Xanadu – http://www.udanax.com.)
Quand Laurie Petrycki, mon éditrice chez O’Reilly, me donna le choix entre l’OPL et la GFDL, je caressai à nouveau ce rêve. En septembre 2001, le mois où je signai le contrat, les livres électroniques étaient quasiment passés de mode. De nombreuses maisons d’édition, dont celle de Tracy, mettaient un terme à leurs séries dans ce domaine en raison du manque d’intérêt du public. Je devais me poser la question. Si ces entreprises avaient traité les livres électroniques non pas comme une façon de publier, mais comme une façon de créer une communauté, ces collections auraient-elles survécu ?
Après avoir signé le contrat, j’informai Stallman qu’un projet de livre était à nouveau sur les rails. J’évoquai le choix que O’Reilly me donnait entre la licence Open Publication et la licence GNU Free Documentation Licence. Je lui dis que je penchais vers l’OPL, car je ne voyais aucune raison de donner aux adversaires de O’Reilly la possibilité de publier le même livre sous une couverture différente. Stallman argumenta en faveur de la GFDL. Il me fit remarquer que O’Reilly l’avait utilisée à plusieurs reprises auparavant. Malgré les événements de l’année passée, je proposai alors un arrangement. Je choisirais la GFDL si cela me permettait de faire plus d’entretiens et s’il aidait O’Reilly à faire la promotion du livre. Stallman accepta de participer, mais précisa que sa participation aux événements promotionnels dépendrait du contenu du livre. Trouvant le marché honnête, je convins d’un entretien le 17 décembre 2001 à Cambridge.
Je plaçai la rencontre de manière à coïncider avec un voyage d’affaires de mon épouse Tracy à Boston. Deux jours avant le départ, celle-ci me suggéra d’inviter Stallman à dîner. « Après tout, dit-elle, c’est lui qui a permis notre rencontre ».
J’écrivis un courrier électronique au hacker, qui répondit promptement, acceptant l’offre. Après avoir roulé vers Boston le lendemain, je passai prendre Tracy à son hôtel avant de sauter dans les transports en commun en direction du MIT. En arrivant à Tech Square, nous surprîmes notre hôte au milieu d’une conversation, alors que nous frappions à sa porte.
« Excusez-moi », dit-il, tenant la porte ouverte de suffisamment loin pour que Tracy et moi ne puissions que difficilement entendre son interlocuteur. C’était une jeune femme, dans les vingt-cinq ans aurais-je dit, nommée Sarah.
« Je me suis permis d’inviter une autre personne à dîner », dit-il, nous mettant devant le fait accompli et me lançant ce même sourire félin qu’il m’avait adressé dans le restaurant de Palo Alto.
Pour être honnête, je n’étais pas vraiment surpris. La rumeur selon laquelle Stallman avait une nouvelle petite amie m’était parvenue quelques jours auparavant, par l’intermédiaire de sa propre mère. « En fait, ils sont allés au Japon ensemble le mois dernier quand Richard est allé recevoir le prix Takeda », m’avait-elle alors annoncé8.
Sur le chemin du restaurant, j’appris les circonstances de la première rencontre entre Richard et Sarah. Curieusement, le cas de figure m’était très familier. Travaillant sur son propre livre de fiction, Sarah avait entendu parler de Stallman et de quel personnage intéressant il était. Elle avait rapidement décidé de s’en inspirer pour l’un des personnages de son livre, et, dans ses recherches, elle avait arrangé un entretien avec lui. À partir de là, les choses s’étaient enchaînées. Tous deux étaient ensemble depuis le début 2001, rapportait-elle.
« J’ai vraiment admiré la façon dont Richard a construit un mouvement politique tout entier afin de traiter un problème profondément personnel », ajouta Sarah, expliquant son attirance vers Stallman.
« Quel problème ? », demanda aussitôt mon épouse.
« Une solitude écrasante », répondit-elle.
Durant le dîner, je laissai les femmes faire la conversation et passai le plus clair de mon temps à essayer de repérer des indices indiquant si les douze derniers mois avaient adouci Stallman de façon significative. Je ne vis rien qui puisse le suggérer. Certes plus charmeur que dans mes souvenirs, Stallman conservait ce même niveau d’acidité. Lorsque ma femme entama un emphatique « Dieu nous en garde », elle reçut instantanément une réprimande typique de Stallman : « Je suis désolé d’avoir à te l’apprendre, mais Dieu n’existe pas », dit-il.
J’ai dû être trop pince-sans-rire. Il aurait pu m’accuser, à juste titre, de faire le malin, mais pas de l’avoir blâmée.
Plus tard, quand le dîner fut terminé et Sarah partie, il semblait avoir un peu baissé sa garde. Alors que nous marchions vers un marchand de livres voisin, il admit que les douze derniers mois avaient énormément changé son regard sur la vie. « Je pensais que j’allais être seul pour toujours, dit-il. Je suis heureux de m’être trompé. »
Avant de nous quitter, il me tendit sa « carte de plaisir », une carte de visite avec son adresse, son numéro de téléphone, et ses passe-temps favoris (« s’échanger de bons livres, la bonne cuisine, les danses et les musiques exotiques ») afin que je puisse le contacter pour un entretien final.
Le lendemain, autour d’un nouveau repas vapeur chinois, il semblait encore plus amoureux que le soir précédent. Se souvenant de ses débats dans le dortoir de la Currier House sur les avantages et les inconvénients des sérums d’immortalité, il exprima le souhait que les scientifiques puissent un jour trouver la clef de la vie éternelle. « Maintenant que je commence enfin à être heureux, je souhaite vivre plus longtemps », dit-il.
Alors que j’évoquai le commentaire de Sarah sur son « écrasante solitude », Stallman dit ne pas voir de relation entre la solitude physique et spirituelle, et celle des hackers. « L’envie de partager le code a un rapport avec l’amitié, mais à un niveau bien moindre », dit-il. Plus tard, cependant, quand le sujet refit surface, il admit que la solitude, ou la crainte de la solitude éternelle, avait joué un rôle majeur comme moteur de sa motivation durant les premiers jours du Projet GNU.
Je parlais de solitude au niveau communautaire, de hacker à hacker.
« Ma fascination pour les ordinateurs n’est la conséquence de rien d’autre. Je n’aurais pas été moins fasciné par eux, même si j’avais été populaire et que les femmes s’étaient attroupées autour de moi. Cependant, il est vrai que le fait de ne pas avoir de chez-moi, d’en trouver un et de le perdre, d’en trouver une autre pour la voir détruite, m’a profondément affecté. Celle que j’ai perdue, c’est le dortoir, celle qui a été détruite, c’est le AI Lab. Le sentiment de précarité induit par le fait de ne me sentir chez moi nulle part, de ne pas avoir de communauté, a été très fort. Cela m’a donné envie de me battre pour retrouver cela. »
Après l’entretien, je ne pus m’empêcher d’éprouver une certaine proximité émotionnelle. En entendant Sarah décrire ce qui l’avait attirée vers Stallman, et en entendant l’homme décrire lui-même les sentiments qui l’avaient entraîné à défendre la cause du logiciel libre, j’étais ramené à mes propres motivations présidant à l’écriture de ce livre. Depuis juillet 2000, j’ai appris à apprécier tant les aspects séduisants que repoussants de la personne de Richard Stallman. Comme Eben Moglen avant moi, je sentis qu’abaisser cette personne au rang d’épiphénomène ou d’élément perturbateur à l’intérieur du mouvement global du logiciel libre serait une grave erreur. À de nombreux égards, les deux se définissaient mutuellement à tel point qu’ils en devenaient indissociables.
Williams objective ses réactions, tant positives que négatives, comme des parties de moi, mais elles sont aussi fonction de ses propres attitudes face à l’apparence, à la conformité, et à la réussite professionnelle.
Je ne suis pas sûr que tous les lecteurs ressentiront ce même niveau d’affinité avec Stallman… mais je suis certain que la majorité conviendront que peu d’individus offrent un portait aussi singulier que lui. Mon souhait le plus sincère est que, grâce à ce portrait initial complété, et avec l’aide de la GFDL, d’autres ressentiront l’envie d’y ajouter leur propre perspective.


2. Voir l’article « Liberté – ou copyright ? » (mai 2000). http://www.technologyreview.com/articles/stallman0500.asp.
3. Voir les conditions d’utilisation du service Safari Tech Books Online : http://my.safaribooksonline.com/termsofservice.
4. Voir The Open Publication licence, version 1.0 (8 juin 1999) – http://opencontent.org/openpub.
5. Voir The GNU Free Documentation licence, version 1.1 (mars 2000) – http://www.gnu.org/copyleft/fdl.html.
8. Hélas, je n’ai appris la décision de la fondation Takeda de récompenser Stallman, ainsi que Linus Torvalds et Ken Sakamura, avec le prix nouvellement créé de la « Réalisation technico-entrepreneuriale pour le bien-être social et économique » qu’après le départ de Stallman pour le Japon. Pour plus d’information sur cette récompense assortie d’un prix d’un million de dollars, voir le site de la Fondation Takeda : http://www.takeda-foundation.jp
Discussion :  1  
Discussion :  1  



  Poule ou l'oeuf

One minute, please...

Fermer